Des
missiles, des avions, des fusées et des pinceaux
par
Michel MOUTOT
NEW
YORK, 26 avr (AFP) - La guerre moderne, l'espace et l'aviation
produisent
quantités d'images dont l'artiste new-yorkaise Joy Garnett
s'empare
pour réaliser, à l'huile sur de la toile, des oeuvres graphiques
et colorées.
Cette
peintre de 40 ans, diplômée des Beaux Arts à Paris, trouve son
inspiration
dans des documents militaires déclassifiés, des photos
récupérées
sur les site internet de la NASA ou du département de la
Défense,
des images de télévision qui, comme celles des caméras
infra-rouge
de CNN sur le toit d'un hôtel de Bagdad pendant la guerre
du
Golfe, ont fait le tour du monde. "J'ai commencé à travailler sur des
photos
de microscope de mon père, scientifique dans la recherche contre
le
cancer", raconte-t-elle dans un grand sourire. "Et très vite mon
intérêt
pour
rendre visible ce qui ne l'est pas m'a amené dans le domaine
militaire.
La science et le monde militaire sont tellement liés".
Elle
passe des heures sur l'internet où elle choisit, pour leurs qualités
graphiques,
des clichés qu'elle va ensuite, en peignant rapidement
sur
d'assez grands formats, simplifier, styliser, interpréter.
Elle
présente actuellement (et jusqu'au 19 mai) une trentaine de toiles
dans
la galerie Debs à Chelsea, un quartier de New York. "Rocket
Science",
l'oeuvre qui a donné son nom à l'exposition, est l'extrapolation
d'un
cliché représentant un tir de missile américain. "Red Sea" (mer
rouge)
a été inspiré par une photographie de promotion de la Navy,
avec
un sous-marin sur fond de coucher de soleil. "Ex trails" figure trois
super-bombardiers
B52 au décollage.
"Rocket
Science identifie une prédilection nationale pour un techno-
sublime
consistant en des paysages dépeuplés et des mécanismes en
train
d’éxploser", explique le catalogue.
"Ce
sont des images de destruction, d'accident, de danger imminent ou
potentiel",
ajoute l'artiste. "Je ne suis pas contre la technologie: pour
régler
les problèmes du monde actuel, nous aurons besoin de la
technologie.
Mon travail a un contenu politique, mais les gens peuvent
l'ignorer
s'ils le veulent".
Elle
est fascinée par les clichés à dominante verte des caméras à
infra-rouge.
"Kill Box", un char d'assaut américain dans les sables
irakiens,
lui a été inspiré par une photo déclassifiée par l'US Army. "Ce
sont
des choses que l'oeil humain ne peut voir. Ces images ne sont pas
faites
pour l'homme, mais pour d'autres machines chargées de faire la
guerre.
Nous ne savons même pas à quoi elles ressemblent à l'état brut".
Elle
a bien évidemment interprété à l'huile les images de l'accident de
la
navette spatiale Challenger, qui a explosé après 73 secondes de vol
dans
le ciel de Floride en 1986, provoquant un traumatisme national et
a
récemment peint le Concorde en flammes.
"On
m'a bien sûr demandé une version des photos satellites de l'avion-
espion
américain immobilisé sur la piste en Chine, mais je trouve le film
vidéo
montrant le cockpit du pilote chinois plus intéressant. Je l'ai stocké
dans
mon ordinateur".
"Souvent
au premier abord, les gens voient dans mes toiles des paysages
ou de
l'abstraction. Puis ils regardent mieux et voient le contexte. Ils
comprennent
que cette tension est intentionnelle, qu'il y a conflit. Cela
les
dérange... et me satisfait".